Ce travail de recherche nous est proposé par Bernard Ducol à qui nous adressons nos très sincères remerciements.

Petit-fils de Marius Ducol, fils de Joseph et Monique Ducol et historien, j’ai fait l’essentiel de ma carrière dans l’enseignement, le Secondaire et le SupĂ©rieur, puis j’ai Ă©tĂ© nommĂ© Chef d’Etablissement avant de rejoindre la Conservation du Patrimoine d’un Institut international.

C’est depuis le Jura que je poursuis aujourd’hui mes travaux de recherches principalement sur la première guerre mondiale : colloques, confĂ©rences, publications.

Marius, Louis, Paul, Joseph… Ceux de 14

1914-1918 aurait pu se rĂ©sumer cĂ´tĂ© France, Ă  une sinistre comptabilité : 1,7 million de morts, 4,3 millions de blessĂ©s ; la moitiĂ© de la classe 14 disparue. Mais, c’est bien la SociĂ©tĂ© toute entière qui en est sortie Ă©puisĂ©e, et notamment les familles : absence de l’époux, du père, du (des) fils, attente du facteur messager de vie ou de mort, retours difficiles des combattants avec leurs traumatismes, leurs infirmitĂ©s, la difficultĂ© Ă  reprendre une vie familiale et sociale « normale ». Plus terrible encore, ces plaques funĂ©raires portant les noms de plusieurs fils-frères « morts pour la France ».  Au sein d’un mĂŞme village, on constate que nombre de mobilisĂ©s Ă©taient parents, directs ou indirects, ou le seront par la suite, que la guerre a affectĂ© non seulement les mobilisĂ©s, mais Ă©galement les familles ou apparentĂ©s , et enfin que le lien familial entre les mobilisĂ©s, est reprĂ©sentĂ© par une « figure pivot ».  En ce qui concerne le cas particulier du « tissu familial Ducol » – famille pris au sens large – apparaĂ®t en filigrane la personnalitĂ© de Marius Ducol. Autour de lui, ses deux beaux-frères Paul Mouton et Paul Vialette, ses deux futurs beau-frères, Louis Chirol et Joseph Decorme, son cousin germain Marius Descottes, les deux frères de Paul Vialette, Marius et Johanny ; sans oublier Louis Chatron et Marc Pigeon pères de ses futures belle-filles, et enfin Gabriel GĂ©ry très indirectement apparentĂ© cĂ´tĂ© Descottes. Au total, onze tranches de vie semblables Ă  celles de millions de « Poilus » mais qui avec le recul du temps, soulignent bien le fait que la souffrance de la guerre a imprĂ©gnĂ©, et pour longtemps, la vie des rescapĂ©s et celle des familles. Les rescapĂ©s du groupe des onze, ne sont pas revenus indemnes ! Comment voudrait-on que, la guerre finie, la vie reprenne comme avant ?  Lors des futurs rĂ©unions de familles, qui saura Ă©couter ? qui saura mettre « les mots justes » ? qui croira ? Il sera donc d’un grand intĂ©rĂŞt de rajouter plus tard, un chapitre Ă  cette Ă©tude. S’il est vrai que derrière chaque grand homme se cache une femme, ne conviendrait-il pas de s’intĂ©resser Ă  celles qui ont  Ă©paulĂ© un Ă©poux, un fiancĂ© handicapĂ©, traumatisĂ©, pleurĂ© un mari dĂ©funt, et Ă  ces parents qui ont perdu un ou plusieurs enfants. Ce ne serait que justice.  « Nul homme sensĂ© ne peut prĂ©fĂ©rer la guerre Ă  la paix. Car Ă  la guerre, ce sont les pères qui enterrent leurs fils, tandis qu’en temps de paix ce sont les fils qui enterrent leur père »  HĂ©rodote.  Le titre de cette Ă©tude deviendra alors : « EugĂ©nie, LĂ©onie, Marie, ClĂ©mence… celles de 14 ».

Marius Ducol en Alsace (Août 1914)

Trois du Marthouret, Marius Ducol, Paul Mouton et Louis Chirol

Histoire de Marius

NĂ© en 1886, Marius Ducol, cultivateur et sapeur pompier, après son Service militaire au 3è RI, participe activement Ă  la vie de Quintenas : conseils municipal, paroissial…  En 1914, il a 28 ans et il est fiancĂ© avec EugĂ©nie CrĂ©milleux. Le 2 aoĂ»t, Marius est incorporĂ© au 163ème RI de Nice. Son baptĂŞme du feu, il le reçoit en Alsace, dans le Sundgau. Puis ce sont les Vosges – Raon l’Etape, col de la Chipotte – et la Meuse. Son bataillon avance baĂŻonnette au canon. A Raulecourt, le 163ème perd 600 hommes. Au bois de GĂ©rĂ©champ, il se heurte Ă  un rĂ©seau de barbelĂ©s et les mitrailleuses allemandes fauchent 350 hommes. Marius part ensuite en Belgique – le canal de l’Yser, Ypres, les dunes de Nieuport – avant de regagner, en autobus et en train, la Meuse. De dĂ©cembre 1914 Ă  septembre 1915, Marius est souvent en première ligne. Le 11 septembre, Ă  Flirey dans la WoĂ«vre, un Ă©clat d’obus l’atteint Ă  l’avant-bras droit. Après plusieurs mois d’hĂ´pital Ă  Nice et Ă  Perpignan et un temps de convalescence au Marthouret, il rejoint Nice. Mais le 7 aoĂ»t 1916, il passe au 217ème RI, de Lyon. Pour Marius, la guerre se poursuit dans les forĂŞts de l’Argonne, entre la Champagne et Verdun : conditions Ă©prouvantes, assauts sanglants… Les Allieux, la forĂŞt de Hesse, le bois de Cheppy, le promontoire de Vauquois oĂą les sapeurs acheminent des explosifs et envoient des gaz dans les galeries souterraines. DĂ©but 1917, Marius est au Mort-Homme, sur la rive gauche de la Meuse : cette colline perdra 12m d’altitude du fait des bombardements. Ce sont ensuite les combats de Maisons-de-Champagne, la Main-de-Massiges, la butte de Souain… Le 13 mars, Marius est Ă  nouveau blessĂ©, mais cette fois plus gravement, Ă  la tĂŞte, au bras gauche et Ă  une jambe. Il faut le trĂ©paner dans un hĂ´pital de campagne. Son Ĺ“il gauche est perdu. Il souffre des oreilles et ses poumons ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s par les gaz. On l’Ă©vacue Ă  Chalons-sur-Marne, puis en avril 1917, Ă  Toulouse. La guerre est terminĂ©e pour lui. Le 26 aoĂ»t 1917, Marius reçoit la MĂ©daille militaire. RĂ©formĂ©, il rentre au Marthouret. L’annĂ©e suivante, le 17 mai, il Ă©pouse EugĂ©nie CrĂ©milleux. Marie naĂ®t en 1919. Marius gardera d’importantes sĂ©quelles de ses blessures : les radios attestent en 1933 encore, de la prĂ©sence d’Ă©clats d’obus. Sa vaillance lui vaut en 1935, la Croix de la LĂ©gion d’Honneur. Marius mourra accidentellement, Ă  54 ans, le 10 fĂ©vrier 1941.

Histoire de Louis, le colonial

C’est dans l’Infanterie coloniale, une unitĂ© de choc, que Louis Chirol, nĂ© en 1894, et donc âgĂ© de 20 ans en 1914, traversera les annĂ©es de guerre, et tout d’abord au 8ème RIC. Ce rĂ©giment de Toulon est composĂ© en partie  de coloniaux, en partie de jeunes de l’Ardèche, du Tarn et de l’Aveyron. Louis le rejoint en dĂ©cembre 1914, dans l’Aisne,  Ă  la  Main de Massiges. En fĂ©vrier 1915, l’artillerie et les mitrailleuses allemandes causent de graves pertes au 8ème RIC : Virginy, Chalons-en-Champagne. Louis continue la guerre en Argonne, avec le 1er RIC Ă  partir de mai 1915 : Marne, Ardennes, Meuse. Deux mois plus tard, il passe au 2ème RIC dans la Marne : au ravin des Houyettes, le 2ème RIC perd 600 hommes. En aoĂ»t, Louis rejoint  le 52ème RIC : Suippes, Souain. Lors de l’offensive allemande de septembre 1915, rudes combats de tranchĂ©es, affrontements Ă  la baĂŻonnette, Paul est touché  Ă  l’avant-bras droit et au poumon droit par un Ă©clat d’obus. Après 4 mois d’hĂ´pital, il retrouve son rĂ©giment en Champagne, en janvier 1916  Et, en aoĂ»t, le voilĂ  au 41ème RIC , en Artois, en Champagne, dans la Marne et l’Aisne :  Verdun, Seppois, Le Chemin des Dames. Le 41ème littĂ©ralement saignĂ©, ayant Ă©tĂ© dissous,  Louis intègre le 43ème RIC  en Alsace, et dans l’Aisne : le Chemin des Dames, le plateau de Californie, Craonne. Et c’est alors que Louis est blessĂ©, lĂ©gèrement semble-t-il, une deuxième fois, le 29 juillet 1917. Les combats se poursuivent pour lui, en Champagne. Près de Reims, Ă  Vrigny, le 9 juin 1918, il est blessĂ© une troisième fois : une balle Ă  la cuisse droite.  DĂ©but- novembre 1918, Louis est de retour au 43ème qui du fait de l’armistice, est envoyĂ© en Allemagne dans le Palatinat. Il passe brièvement au 1er GĂ©nie, puis au 24ème RIC. C’est avec ce rĂ©giment que, le 14 juillet 1919, Louis participe au dĂ©filĂ© de la Victoire Ă  Paris. DĂ©mobilisĂ© le 8 septembre, il  rentre au Marthouret. Sa bravoure lui vaut la Croix de guerre, le DiplĂ´me de la Victoire et la MĂ©daille militaire, et ses blessures une pension Ă  partir de 1921. Le 16 avril 1921, il Ă©pouse LĂ©onie CrĂ©milleux, sĹ“ur d’EugĂ©nie ; leur premier enfant, Paul, naĂ®tra en 1922. Louis dĂ©cĂ©dera  en 1952, Ă  57 ans, et LĂ©onie en 1973, Ă  80 ans.

 

Histoire de Paul, le prisonnier en Saxe

NĂ© en 1881, Paul Mouton est le fils de Jean-Louis et de Marie-Euphrasie Mouton. De 1902 Ă  1905, il effectue son Service militaire au 55è RI, suivi de deux pĂ©riodes au 61è RI, en 1909. Et en 1911, il Ă©pouse Rosine, la sĹ“ur aĂ®nĂ©e de Marius Ducol. L’annĂ©e suivante, c’est la naissance de Paulette. Le 11 aoĂ»t 1914, Paul qui a 33 ans, rejoint le 61ème RI. Il n’y reste pas puisque entre septembre et dĂ©cembre , il passe au 58ème RI,  puis au 141ème RI. Mais, le 20 dĂ©cembre 1914, Paul est fait prisonnier Ă  Boureuilles, dans la Meuse. On l’envoie en Allemagne : il est internĂ© Ă  Hameln-sur-Weser, en Basse-Saxe. Après quatre ans de captivitĂ©, il est rapatriĂ© et arrive Ă  Dunkerque dĂ©but- janvier 1919.  DĂ©mobilisĂ© le 25 fĂ©vrier suivant, il rentre au Marthouret. Il y retrouve alors sa femme Rosine, sa fille Paulette, mais Ă©galement sa 2ème fille, Germaine qu’il ne connaĂ®t pas encore puisqu’elle est nĂ©e en 1915. La 3ème fille,  Jeanne naĂ®tra en 1921. Après le dĂ©cès de Rosine, survenu en 1927, Paul quitte le Marthouret pour Saint-Victor. Le 28 dĂ©cembre 1934, il recevra le DiplĂ´me de la Victoire. Paul mourra en 1974, Ă  93 ans.

Deux de Quintenas, Joseph Decorme et Marius Descottes

Histoire de Joseph, le prisonnier en Bavière

Joseph Decorme, fils de Jean Baptiste et Claire Decorme, naĂ®t rue de l’abreuvoir en 1881. Benjamin d’une fratrie de 3, il a connu plusieurs pĂ©riodes militaires : en 1902, 1903, et 1908, au 61ème RI, et en 1911, au 261ème RI.  En 1914, il a 33 ans : pour lui, la guerre va se rĂ©sumer Ă  50 jours de combat et, comme pour Paul Mouton, 4 ans de captivitĂ©. Le 12 aoĂ»t 1914, Joseph rejoint le 261è RI, Ă  Privas, et  c’est le dĂ©part en train pour la Lorraine. C’est Ă  Buzy-Darmont en Meurthe-et-Moselle que le 24 aoĂ»t, il reçoit son baptĂŞme du feu.  Fin-aoĂ»t, le rĂ©giment est en Argonne, rĂ©gion de forĂŞts et d’Ă©tangs. DĂ©but-septembre, c’est la bataille de la Marne. De Dun-sur-Meuse Ă  Commercy, la Meuse est bordĂ©e Ă  l’est par les Hauts-de-Meuse. A ses pieds, la plaine de la WoĂ«vre, avec ses Ă©tangs et ses forĂŞts  Le 19 septembre, les Allemands franchissent la Meuse et se dirigent vers Verdun. A Mouilly, le combat est effroyable et les Allemands Ă  partir des Hauts-de-Meuse, bombardent la rĂ©gion. Le rĂ©giment de Joseph tente d’arrĂŞter l’avancĂ©e allemande vers Avocourt ; les compagnies se font hacher sur place par un ennemi supĂ©rieur en nombre, laissant 450 hommes sur le terrain et de nombreux prisonniers dont Joseph. Et c’est alors pour lui , le dĂ©part vers l’Allemagne :  650 kms en train Ă  partir de Metz vers la Bavière. Le camp de Graffenwohr, entre Nuremberg et la frontière autrichienne, regroupe 10.500 prisonniers, cantonnĂ©s dans des baraquements en planches, couverts de carton goudronnĂ©. Tous les jours, sauf le dimanche, les prisonniers, sous la garde de vieux soldats bavarois baĂŻonnette au canon, sont employĂ©s Ă  des travaux : le matin dĂ©part en colonne par quatre, chacun portant un pic ou une pelle. Après quatre ans de captivitĂ© Joseph sera libĂ©rĂ© le 27 dĂ©cembre 1918. Il devra attendre le 1 mars 1919 pour ĂŞtre dĂ©mobilisĂ© et recevra alors, la mĂ©daille InteralliĂ©e.  Il revient Ă  Quintenas et sept ans plus tard, le 6 avril 1926, il Ă©pousera l’autre sĹ“ur de Marius Ducol, ClĂ©mence. Joseph mourra en 1956, Ă  75 ans, Ă  Quintenas, et ClĂ©mence Ă  Annonay en 1978, Ă  90 ans.

Histoire de Marius, le boulanger

Marius Descottes, nĂ© en 1887, est l’un des 5 enfants de Rosine et de Pierre Descottes  Rosine est une tante de Marius Ducol : les deux Marius sont donc cousins germains. Marius Descottes habite aux Pillats, Ă  Quintenas : il s’est initiĂ©, Ă  Lyon, Ă  la boulangerie. En 1914, il a 27 ans. On l’affecte au 158ème RI de Valdahon, dans le Doubs. Le 158ème est positionnĂ© dans les Vosges, « aux frontières », pour constituer un premier barrage au col du Bonhomme. Mais c’est en Alsace, près de Saverne qu’a lieu le vĂ©ritable premier affrontement.. Puis, c’est le col de la Chipotte : les pertes françaises sont importantes. Mais fin-aoĂ»t, l’avancĂ©e allemande est stoppĂ©e Ă  la trouĂ©e de Charmes. En septembre, le 158ème est envoyĂ© dans la Marne : Vitry-le-François…. Après les dĂ©faites de Charleroi et de la Meuse, Joffre demande Ă  l’armĂ©e de rĂ©sister. On retrouve le 158ème Ă  Sompuis, au camp de Mailly, Ă  Souain, au Bois-Sabot. Le front se stabilise en Champagne : la guerre des tranchĂ©es commence. Le 158ème est alors envoyĂ© en Artois oĂą il se heurte Ă  la cavalerie et aux chasseurs prussiens : Loos, le canal de Douai. Le rĂ©giment combat aux cĂ´tĂ©s des Anglais. Puis c’est le dĂ©part pour la Belgique : Ypres, la bataille des Flandres : Mont-Kemmel, moulin de Spanbroke… Au Mont Saint-Eloi, les tranchĂ©es sont inondĂ©es. A Hooge,  les soldats ont les pieds gelĂ©s. Puis c’est le retour en Artois. Le 158ème attaque l’Ă©peron rocheux de Notre-Dame de Lorette : il sera le rĂ©giment de Lorette. Et ce sont encore et toujours les tranchĂ©es. Puis le 158ème part dans les Vosges : Ă  Badonvillers, près de Toul, le 8 octobre 1915, Marius est blessĂ© Ă  la hanche gauche par un Ă©clat d’obus. Après son hospitalisation, il rejoint le 158ème dans les Vosges, avant de partir pour Verdun, le fort de Vaux, Tahure. Les tranchĂ©es ont cĂ©dĂ© la place aux trous d’obus oĂą les soldats s’accroupissent. Le 11 juillet 1916, au bois du ChĂŞnois, Marius est blessĂ© une seconde fois, Ă  l’Ă©paule droite. Après un sĂ©jour en hĂ´pital, il rentre Ă  Quintenas et meurt l’annĂ©e suivante, en 1917. S’il n’a pas Ă©tĂ© reconnu « Mort pour la France » par l’ArmĂ©e, son nom figure cependant sur le Monument aux Morts et dans l’église de Quintenas ; par contre cette mention sera portĂ©e sur le caveau familial.

Trois frères dans la tourmente, les Vialette d’Eyguèze

Histoire de Paul, le mégissier

Après son service militaire au 3ème Zouave, en AlgĂ©rie, de 1903 Ă  1906, Paul Vialette, nĂ© en 1882, rentre Ă  Eyguèze, et Ă©pouse Marie CrĂ©milleux, sĹ“ur d’EugĂ©nie et de LĂ©onie, du Marthouret : Paul est donc un beau-frère de Marius Ducol  Le couple habite Ă  Annonay : Paul travaille chez Meyzonnier. Il a 32 ans, lorsque la guerre Ă©clate. Comme Joseph Decorme et Paul Mouton, il se voit affectĂ©, au 61ème RI de Privas. La guerre dĂ©bute pour lui en Lorraine : progression en rangs serrĂ©s vers Dieuze sous le feu des mitrailleuses. Le 20 aoĂ»t, le 61ème perd un millier d’hommes. Puis, c’est LunĂ©ville, Bar-le-Duc, Mont-sur-Meurthe enlevĂ© Ă  la baĂŻonnette. Le 61ème se dĂ©place en Champagne : Chalons-en-Champagne, Massiges, Suippes, la butte de Souain.  Partout des bombardements incessants. Le 61ème est ensuite dirigĂ© sur Verdun. Le 20 juin 1916, Ă  la CĂ´te du Poivre, un bombardement allemand de 60 heures, martèle les lignes et retourne les tranchĂ©es. Le 22 juin, une nappe Ă©paisse de gaz envahit la vallĂ©e de la Meuse ; l’attaque allemande submerge les Français qui accusent d’importantes pertes mais font de nombreux prisonniers. En juillet, la Commission de RĂ©forme de Privas verse Paul dans le Service Auxiliaire pour hypertrophie cardiaque. Neuf mois plus tard, il rejoint le dĂ©pĂ´t du 61ème Ă  Privas. Ce retour en Ardèche lui Ă©vite un dĂ©part Ă  Salonique avec son rĂ©giment. En mai 1917, Paul intègre 2 mois durant le 15ème escadron du Train, avant de rejoindre le  1er, puis le  2ème groupe d’aviation,  Ă  Bron. A nouveau malade, le voilĂ  hospitalisĂ© Ă  Dijon, puis en convalescence durant l’étĂ© 1917. Ce n’est qu’Ă  la mi-septembre qu’il retourne Ă  Bron oĂą il restera 1 an et demi. Bron Ă©tait un centre de formation de pilotes et de mĂ©caniciens ; plusieurs constructeurs repliĂ©s dans la rĂ©gion lyonnaise y assemblent leurs avions. Le 9 mars 1919, Paul est enfin dĂ©mobilisĂ©. Mais il meurt 9 mois plus tard Ă  Lyon, des suites, semble-t-il, d’une pleurĂ©sie. Marie, son Ă©pouse vivra par la suite Ă  Annonay, avec sa sĹ“ur Louise.

Histoire de Marius, l’homme de Craonne

Marius a 3 ans de moins que Paul. NĂ© en 1885, il a 29 ans lorsque la guerre Ă©clate. Il est alors, cultivateur Ă  Vernosc. Tout son parcours militaire se dĂ©roulera chez les Chasseurs Ă  pieds depuis son service militaire au 24ème  Bataillon de Villefranche-sur-Mer, de 1906 Ă  1908, puis en 1911 et en 1913.  Le 4 aoĂ»t 1914, Marius est incorporĂ© au 64ème Chasseurs qui part dans la Somme : dĂ©fenses des ponts, premiers heurts avec les Uhlans. Mais le bataillon doit se retirer : transport en autobus, longue et pĂ©nible marche au sud de PĂ©ronne sous les tirs allemands ; les blessĂ©s et les morts sont nombreux. Sa mission : retarder les Allemands sur l’Oise, Ă  Pont-Sainte-Maxence. En septembre, c’est la Champagne. Le 64ème participe Ă  la bataille de la Marne : victorieux mais squelettique, il a perdu tous ses officiers. A Gonfrecourt, les vagues d’assaut françaises se dĂ©placent sous le feu des mitrailleuses et enlèvent les tranchĂ©es allemandes Ă  la baĂŻonnette En fĂ©vrier 1915, le 64ème part en Alsace, et y restera 16 mois : le col de la Schlucht, le Klizenstein, Petit Reichacker, Thann. En juillet 1916, c’est le retour dans la Somme.Près de PĂ©ronne ; le rĂ©giment se lance Ă  l’assaut des tranchĂ©es sous les tirs des mitrailleuses et de l’artillerie. De plus, les gaz font de nombreuses victimes. Les pertes françaises sont importantes.  Sailly-Saillisel, les tranchĂ©es de Teplitz, des Portes de Fer, du bois de l’Endurance près de Hardecourt-au-bois. Fin-octobre 1916, le bataillon se dĂ©place dans l’Aisne. En avril 1917, Nivelle engage une grande offensive française sur la route Soissons-Craonne : le Chemin des Dames. Le 16, Ă  6h00, c’est l’assaut en colonnes par deux sous le feu de l’artillerie et Ă  travers les marĂ©cages jusqu’au bois de Beaumarais. L’offensive, sur un terrain impossible Ă  l’avancĂ©e des troupes, s’avère un Ă©chec : le 1er Corps d’ArmĂ©e auquel appartient le 64ème, perd en quelques minutes 6500 hommes. Le soir, sous d’intense bombardement, il est dirigĂ© vers Craonne. C’est lĂ  que Marius est tuĂ© le 20 avril 1917. Enseveli Ă  Beaumarais, sur la route de Craonne, il sera transfĂ©rĂ© par la suite au cimetière militaire de Pontavert.

La brève aventure du soldat Joanny : 22 jours dans les Vosges

NĂ© en 1892, Johanny est le benjamin des garçons Vialette. Lui est cordonnier. En octobre 1913, il est incorporĂ©, Ă  22 ans, au 75ème RI, Ă  Romans dans la DrĂ´me. Dans la nuit du 5 au 6 aoĂ»t 1914, le 75ème embarque en gare de Romans, pour les Vosges. Le bataillon de Johanny surveille la rive gauche de la Vologne, puis occupe les cols  vosgiens : col du Bonhomme, col de Louchbach, col des Bagenettes, avant de descendre au sud : l’Immerlinskopf, le col de Saales, le col du Hantz. Du 22 au 28 aoĂ»t, l’artillerie lourde allemande pilonne les positions françaises. Le 75ème, et en particulier le bataillon de Joanny, aux avant-postes, compte des pertes importantes : il doit se replier. Le 29, le bataillon de Joanny est dirigĂ© sur la forĂŞt du Ban d’Etival pour se fixer sur la route de La Salle au Haut-du-Bois, Ă  hauteur des Basses-Pierres. La lutte est chaude. Et c’est lĂ  que Johanny est tuĂ©. Son livret militaire est annoté : « DĂ©cĂ©dĂ© Ă  Basses Pierres le 28 aoĂ»t 1914 d’un coup de feu ». Il sera enterrĂ©, semble-t-il, au col de la Chipotte.

Trois « parentés Ducol indirectes », Gabriel Géry, Louis Chatron et Marc Pigeon

Histoire de Gabriel, le séminariste

Le lien entre Marius Ducol et Gabriel GĂ©ry est très indirect, puisqu’il se fera bien après ; via les Descottes et les Dory. Gabriel Ă©tait un beau-fils de Jean-Marie Dory, dit Joanny, remariĂ© avec Marie-FĂ©licie Bruyère de Roiffieux. C’est lĂ  que naquit Gabriel, en 1891. Il sera sĂ©minariste. Lors de la mobilisation d’aoĂ»t 1914, Gabriel est affectĂ© au 97ème RI, un rĂ©giment savoyard chargĂ© de surveiller la frontière italienne. Mais Ă  la mi-aoĂ»t, le 97ème est envoyĂ© en Alsace : les premiers combats y sont meurtriers : Dannemarie, Zillisheim, Flaxlanden. Le 20 aoĂ»t, le 97ème part pour la Lorraine : il faut stopper l’avancĂ©e allemande. Raon-l’Etape., MĂ©nil-sur-Belvitte, Ste-Barbe, le 97ème avance Ă  dĂ©couvert sous les obus et les Ă©clats des schrapnels. Puis, c’est le dĂ©part pour le col de la Chipotte, le col de Baremont, la vallĂ©e de la Meurthe. Le 28 septembre, le 97ème rejoint l’Artois : le rĂ©giment y perd la moitiĂ© de ses effectifs et ses officiers. Il recule vers Arras sous le feu des mitrailleuses. En janvier, le 97èmes’installe jusqu’en avril 1915, vers Souchez. C’est la 2ème bataille d’Artois : les compagnies françaises sont Ă©crasĂ©es dans leurs tranchĂ©es. Le 16 juin, le 97ème se lance Ă  l’assaut. Seul le 1er bataillon parvient au cimetière de Souchez : il y passe 3 jours et 3 nuits et il est rĂ©duit Ă  3 officiers et 100 hommes. Le 97ème  tente alors de franchir le ravin des Ecouloirs entre Souchez et Carency. Le 25, sur les quatre compagnies qui s’Ă©lancent Ă  l’assaut, seules deux atteignent le cimetière et le grand ravin des Ecouloirs. C’est lĂ  que le sous-lieutenant Gabriel GĂ©ry est tuĂ©. Il sera inhumĂ© Ă  la nĂ©cropole nationale La Targette Ă  Neuville St Vaast. Il recevra la Croix de guerre et la LĂ©gion d’Honneur.

Histoire de Louis, l’artilleur

NĂ© en 1894, Ă  Quintenas, Louis, fils d’Antoine et Marie Chatron, a 20 ans en 1914. Il est boucher. Ce n’est qu’en 1916 qu’il est dĂ©clarĂ© « bon pour le service armé ». Louis effectuera toute la guerre dans l’artillerie. IncorporĂ© au 114ème R.A.L, il commence par des allers-retours entre la Champagne et la Picardie avant de rejoindre l’Alsace, puis la Marne. La rĂ©gion ressemble Ă  un dĂ©sert : maisons rasĂ©es, arbres arrachĂ©s. Louis arrive alors Ă  Verdun, aux forts de Douaumont et de Vaux. A la fin-septembre, il est en Picardie : Sailly-Saillisel. Le froid est très vif. Les unitĂ©s progressent de boyaux en tranchĂ©es, sur des terrains boueux. DĂ©but-novembre, c’est la Champagne, puis la Meuse, Ă  Ligny-en-Barrois, et ensuite retour en Picardie : Le Quesnoy, Ham.Les combats sont rudes, les soldats Ă©puisĂ©es.  En avril 1917, le 114ème est en Champagne : Reims, Ville-en-Tardenois. Le 4 avril, devant le canal de l’Aisne, les Allemands attaquent les lignes françaises au lance-flammes. Le 16 avril dĂ©bute l’offensive Nivelle autour de Berry-au-Bac pour contrĂ´ler la zone entre le plateau du Chemin des Dames et les Monts de Champagne. Le sol est cousu de fil de fer, les tranchĂ©es se distinguent Ă  peine. Le 114ème est appuyĂ© par un rĂ©giment russe. L’assaut de Sapigneul s’avère un Ă©chec face aux mitrailleuses allemandes. Retour ensuite dans l’Aisne : la Malmaison., Villers-Cotterets. En dĂ©cembre 1917, le 114ème est en Artois : Louis combat aux cĂ´tĂ©s des Scott Guards. En janvier 1918, le 114ème repart en Champagne : Arcis-sur-Aube et le camp de Mailly, puis rejoint l’Alsace. Après deux mois assez calmes Ă  Dannemarie, Louis passe, en mars 1918, au 314ème RAL oĂą il est canonnier servant  Après 16 mois, Louis revient au 114ème RAL avant d’être libĂ©rĂ©, Ă  Saint-Maixent, le 12 septembre 1919. De retour Ă  Quintenas, Louis Ă©pouse Louise Bayle, le 26 avril 1920; ils auront deux enfants : Jean et Paulette. Le 20 novembre 1954, Paulette Ă©pousera Jean, le 3ème fils de Marius Ducol.

Histoire de Marc, le Chasseur

NĂ© en 1895 Ă  Annonay, Marc, fils de LĂ©opold et Augustine Pigeon et employĂ© de commerce, est incorporĂ© le 17 dĂ©cembre 1914, au 23ème Chasseurs de Grasse. Marc part pour l’Artois, puis les Vosges enneigĂ©es : col de Bussan, ancienne frontière allemande, col de la Schlucht, bois de Gaschney, vallĂ©e de Munster, Stosswhir. Au Reichackerkopf, le 23èmeperd la moitiĂ© de ses effectifs. PositionnĂ© entre le Hohnek et MetzĂ©ral en juin 1915, les Chasseurs se heurtent aux mitrailleuses allemandes. Le 11 juillet, Marc est blessĂ© Ă  la figure, par un Ă©clat d’obus  HospitalisĂ© Ă  Epinal puis Ă  Belley, il est citĂ©, le 18 aoĂ»t, Ă  l’ordre du Bataillon : « Bon Chasseur, dĂ©vouĂ© et disciplinĂ© , blessĂ© en faisant courageusement son devoir le 11 juillet 1915, Ă  MetzĂ©ral (Alsace) ». En aoĂ»t 1916, on le retrouve au Linge, dans les Vosges oĂą les Allemands utilisent les gaz asphyxiants et les lance-flammes. Marc passe en septembre au 51ème Chasseurs qui ira dans la Somme, les Vosges et en Alsace : Metzeral, Dannemarie, Carspach. Puis, c’est la Champagne aux cĂ´tĂ©s de la 1ère Division US, Ă  Tahure. A partir d’octobre 1917, le 51ème combat 6 mois en Italie, avec les Italiens, face aux Autrichiens et aux Allemands : Milan, PĂ©rouse, Monte Val Bella, Catalunga.  En avril 1918, c’est le retour en France, dans l’Aisne et la Somme : Marc a les poumons brĂ»lĂ©s par l’hypĂ©rite et doit ĂŞtre hospitalisĂ©. En novembre, il reçoit une seconde citation : « Chasseur dont le dĂ©vouement sans borne a permis d’assurer dans de bonnes conditions le ravitaillement en 1ère ligne. S’est souvent exposĂ© en franchissant les tirs d’interdiction ennemis pour assurer leur service particulier. » Il est dĂ©corĂ© de la Croix de guerre, et de l’insigne des fatigues (« efforts ») de guerre, accordĂ©e aux Français ayant combattu en Italie. HospitalisĂ© Ă  nouveau, il passe, en mars 1919, au 11ème Chasseurs  avant d’être, le 13 septembre 1919, dĂ©mobilisĂ© et de pouvoir rentrer Ă  Annonay. A partir de 1921, il touchera une pension d’invaliditĂ© pour « gĂŞne de la mastication et de la parole consĂ©cutive Ă  une blessure par Ă©clat d’obus », puis en 1930,  pour « cicatrice du menton et des deux lèvres et perte de 4 dents par suite de blessures par Ă©clats d’obus ». Marc Ă©pousera Marguerite Rioux le 10 janvier 1922 ; ils auront trois enfants : Paul, Gabrielle et Simone. Gabrielle Ă©pousera le 31 aoĂ»t 1946, AndrĂ© le 1er  fils de Marius Ducol. Marc Pigeon est dĂ©cĂ©dĂ© en 1971.

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Onze histoires parallèles, mais finalement similaires. Quatre ne reviendront pas. Les sept autres s’en sortiront mais non sans de graves blessures ou sans souvenirs pĂ©nibles de captivitĂ©. Les citations Ă©logieuses et les dĂ©corations – Croix de Guerre, MĂ©daille Militaire, MĂ©daille de la Victoire ou LĂ©gion d’Honneur – feront assurĂ©ment leur fiertĂ© Ă  tous, mais resteront une maigre consolation pour des rescapĂ©s traumatisĂ©s : handicaps physiques et/ou psychologiques, soins mĂ©dicaux interminables, nuits peuplĂ©es de cauchemars. Prendre conscience de leur traversĂ©e de l’enfer, leur donne une plus grande profondeur encore. Une rĂ©flexion de Simone Marron, Ă  propos de son père Marc Pigeon, leur correspond bien Ă  tous : « Il n’aimait pas reparler de toute cette horreur, mais par contre, tenait Ă  fĂŞter chaque 11 novembre.»

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